
Le commerce équitable est une approche économique alternative aux échanges internationaux conventionnels. Il garantit aux agriculteurs qu’ils recevront un juste prix pour leur production et en plus un « bonus » du commerce équitable qui leur est directement alloué. La certification du commerce équitable est garantie par FLO (Fair Trade Labelling Organization), basée à Bonn en Allemagne. Chaque opérateur labellisé peut utiliser le label du commerce équitable sur ses produits. VREL a commencé à exporter ses fruits sous le label du commerce équitable en 1996.
En plus des avantages liés à l’allocation d’un « bonus » du commerce équitable afin de répondre aux critères sociaux et salariaux définis par FLO, VREL a augmenté les salaires de ses employés de 30% au-dessus du revenu minimum national, a engagé un responsable du personnel médiateur entre la direction et les syndicats afin d’organiser une harmonie sociale et des sessions de formation diverses. Tous les employés bénéficient de contrats à durée indéterminés, de congés maladie et de congés maternité, de congés liés à un deuil familial ou de congés formation. De tels avantages sociaux sont proprement inexistants ailleurs au Ghana.

Alex Yeboah-Afrari -
Directeur Personnel of VRELAlex Yeboah-Afari est le responsable du personnel de VREL et par ailleurs président du comité du bonus du commerce équitable. Il explique les bénéfices dont il tire, lui et ses compatriotes travailleurs, de faire partie de ce projet : « J’ai rejoint VREL dès ses débuts en 1988. J’ai travaillé sur le terrain, dans la pépinière, partout. J’ai supervisé la réalisation des routes, des canaux de drainage. Au Ghana, avoir un travail, ça représente tout. Cela permet de vous marier, d’avoir des enfants et de bénéficier d’une estime sociale. Je suis très content de travailler pour VREL. Pouvoir nourrir et éduquer ma famille est une grande satisfaction car je suis seul à éduquer mes deux filles et le commerce équitable m’a permit d’y arriver. AgroFair n’est pas juste l’importateur de nos fruits, mais aussi un partenaire opérationnel. En 1996 notre plantation a failli disparaître et Solidaridad, l’ONG qui est derrière AgroFair est venue et a acheté 25% des parts de la compagnie au nom des employés. L’argent a été injecté dans la plantation et la compagnie a survécu. C’est une chose remarquable qu’a réalisée le commerce équitable. »
« Le bonus du commerce équitable c’est de l’argent supplémentaire payé en plus pour chaque carton de bananes vendu sous le label du commerce équitable. Cet argent supplémentaire est payé par le consommateur qui achète nos bananes. Pour nous cela représente un dollar par carton qui est alloué aux programmes environnementaux et sociaux, en plus de l’argent qui revient directement aux ouvriers »
La fonction principale du comité du bonus du commerce équitable est d’utiliser les fonds rendus disponibles. Le comité est composé de 10 personnes : 2 représentants de la direction et 8 représentants du personnel. Un comité paritaire est composé (Joint body) afin de prendre des décisions concernant l’allocation des fonds. Dans la ligne des critères FLO, les représentants du personnel sont choisis de manière démocratique et se réunissent au moins deux fois par mois, et souvent bien plus souvent encore. Chaque année le comité propose un plan de travail établi en fonctions des intérêts des travailleurs après de nombreuses consultations. Les travailleurs peuvent proposer la construction de douches collectives, de toilettes ou d’autres équipements collectifs. Le comité examine ces propositions, établi des priorités et dessine un plan d’action. Celui-ci est ensuite présenté en assemblée générale et s’il est approuvé à la majorité, les travaux sont programmés dans l’année.
Le comité du bonus du commerce équitable a été mis en place en 2000 mais 2005 est de loin notre meilleure année. Ce premium est lié à la qualité de nos produits et c’est pourquoi en 2005 nous avons reçu un premium bien plus important que ce que nous attendions. Nous avons augmenté notre capacité de production et n’avons subi aucun problème majeur.
Toutes nos décisions font l’objet d’un processus démocratique. La centaine de bicyclettes que nous avons achetées en 2005 ne figuraient pas à l’origine dans notre plan d’action parce que nous ne pensions pas générer autant de « bonus », bien que nos besoins en moyen de transport aient été bien réels. C’est uniquement vers le second trimestre 2005 que nous avons réalisé que nous avions assez d’argent et que nous en aurions encore plus en fin d’année. Et alors notre besoin de moyen de transport a été resurgit.

Gariba Musa M. Gariba Musa est secrétaire de la branche locale du syndicat des travailleurs agricoles et membre du comité du bonus du commerce équitable et est employé en tant qu’agent de sécurité à VREL. A l’école près de la plus ancienne des plantations, il nous montre le matériel informatique que VREL a pu donner à cette école avec l’argent du bonus.
« C’est juste une des nombreuses choses que nous avons pu nous permettre d’acheter avec le bonus que nous avons reçu. Nous avons construit cet établissement et donné 10 nouveaux ordinateurs ainsi qu’un climatiseur afin d’en faire bénéficier l’ensemble de la communauté. Le bonus du commerce équitable a amélioré notre vie à bien des titres. Tous les arbres près de la plantation ont été plantés grâce à l’argent du bonus. Une canalisation a apporté l’eau du système d’adduction principal et nous n’avons plus à porter nos bouteilles personnelles ou à boire l’eau de la rivière qui nous rendait malade. Le programme du bonus a permis de construire des latrines ainsi que des douches. Une couverture médicale et des congés maternités sont désormais proposés à chaque employé. Sur chaque ferme, il y a un poste infirmerie équipé de matériel de première urgence. Nous avons aussi acheté un bus à la disposition des employés qui peuvent participer à des activités ou se rendre aux enterrements. Lors d’une grande cérémonie, 500 bicyclettes ont été données à tous les travailleurs afin de les rendre moins dépendants des autres moyens de transport. Et en plus cette année, tout le monde recevra une prime pour Noël. Chaque année nous aurons beaucoup de choses à faire.
Chaque exploitation à VREL est équipée d’un dispensaire. Une infirmière assure les premiers soins aux travailleurs malades ou blessés. Les cas les plus sérieux sont traités par l’hôpital local et les soins sont pris en charge par VREL. VREL se demande actuellement si cette couverture médicale peut-être offerte aux proches des familles de travailleurs. L’infirmière Gladys nous montre son dispensaire sur l’exploitation : « les blessures les plus fréquentes sont des coupures pendant les désherbages. Les travailleurs viennent aussi avec des maux de dos à force de se pencher, maux de tête dû à l’exposition au soleil ou au paludisme. En plus, j’ai reçu quelques cours sur le SIDA et je retransmets cette information auprès des travailleurs. Je leur dis que le SIDA est une réalité et leur explique comment se protéger. Les travailleurs viennent prendre ici des préservatifs. »

Le laboratoire informatique au sein de l’école. Dans un petit village aux alentours, une ouvrière malade se repose près de sa maison avec un bandage à son pied. Mary Zoyiki ne parle pas très bien anglais, mais l’infirmière nous traduit : « Il y a trois jours, je me suis entaillé la jambe profondément avec une machette pendant le désherbage. La lame est restée bloquée dans la végétation et a soudainement rebondi sur ma jambe, juste sous le genou. Il y avait beaucoup de sang et mes collègues ce sont précipités et m’ont amené à l’infirmerie, puis plus tard j’ai été amenée à l’hôpital d’Akuse. En ce lieu, j’ai pu m’allonger et un médecin s’est occupé de moi. Chaque jour je dois y retourner pour faire changer mon pansement. Parce que VREL me donne des congés maladie, je n’ai pas à m’inquiéter pour mon travail et mes revenus, mais je dois toujours payer 30,000 Cedis (environ 3 dollars) par jour pour qu’un taxi me conduise à l’hôpital et me ramène.
L’infirmière a promis à Mary de s’occuper de son cas et va vérifier si un véhicule de VREL qui est en attente entre différentes exploitations ne peut pas l’emmener à l’hôpital. Mary ne marche pas encore normalement et à l’air encore malheureuse. Mais ces enfants, quand on leur demande, la pousse à retourner travailler. Ils ne comprennent pas qu’elle ne risque pas de perdre son travail.